DOI: 10.14195/978-989-26-2233-0
http://books.uc.pt/book?book=1245.
Anthologie constituée par 52 textes de différents auteurs/autrices francophones traduits par 22 collègues appartenant à 10 universités portugaises
Ouvrage collectif qui vise à : donner à connaître au public lusophone, à travers un large choix de textes traduits en portugais et présentés brièvement, la pensée qui, depuis 40 ans, s’élabore et s’exprime en langue française, partout dans le monde. En partant d’un ensemble de réflexions qui clarifient le concept et le devenir de la francophonie, le lecteur pourra, selon ses propres intérêts, évaluer le lieu occupé par les études relatives à l’Écologie, au Vivant, à la Société, au Post-colonial, aux Identités, à la Littérature et aux autres Arts, dans un univers de chercheur-e-s et d’essayistes qui se soucient des questions du monde d’aujourd’hui, tout en préservant leur indépendance intellectuelle et linguistique. La diversité des approches proposées est déjà en soi une invitation au dialogue entre les textes et les interprétations qu’ils susciteront.
Longtemps occultée au Portugal, cette production originale, soustraite aux pressions de la pensée dominante et de la lingua franca, ouvre des perspectives et libère l’esprit.
Préface
Francophonies en dialogue. Des années 80 au présent
A mesurer trop précautionneusement les obstacles, jamais l’action n’aurait lieu : vieil adage de sagesse pratique ! Libre à chacun, le bond une fois réalisé, de s’attarder sur les difficultés qui pouvaient l’empêcher. Il en est allé ainsi avec cette Anthologie francophone. Nous aurions pu commencer par vouloir en établir les fondements théoriques, en assurer la légitimité, en évaluer l’opportunité. Ces considérations nécessaires, et nécessairement préalables, n’ont pas prévalu sur notre volonté, et notre impatience, d’intervenir. Il était urgent que les études francophones dans l’Enseignement supérieur portugais fassent entendre leur voix : privées d’un Centre de recherche financé par le Ministère, et du même coup dépourvues de statut scientifique officiel, elles devaient chercher à réunir leurs forces autour d’un projet collectif qui attesterait leur existence et leur ambition. Voilà qui est fait. Rassemblant la grande majorité, sinon la totalité, des chercheurs, disséminés dans les universités publiques du pays, qui se sont engagés dans le projet REVIF (Rencontre d’Experts pour la Valorisation Interdisciplinaire de la Francophonie), le Point Focal, institué à Coimbra sous les auspices de l’Agence Universitaire de la Francophonie, a conçu l’idée d’offrir au public universitaire – et pas seulement lui – un panorama des idées contemporaines issues du monde francophone.
Faciliter l’accès à cet univers épistémique, largement méconnu, passait par un paradoxe inévitable : devoir traduire en portugais des auteurs et des textes qui, chacun à leur manière, revendiquent le droit à utiliser le français dans la communication scientifique internationale. Mais le paradoxe n’est qu’apparent, le combat étant le même. La lusophonie et la francophonie affirment en effet l’une et l’autre, et pour des raisons historiques assez similaires, un semblable souci de liberté et de dignité face à l’empire d’une lingua franca aussi intempestive qu’incontournable.
Chacun et chacune de ceux qui ont pris part à la préparation de ce volume ont donc traduit, et introduit, les passages qu’ils ont eux-mêmes sélectionnés à partir de leurs lectures coutumières. Ces choix reflètent des goûts individuels aussi bien que des options théoriques diverses. Mais au total, et avec la part inévitable de hasard et d’arbitraire que comporte toute entreprise de ce genre (une anthologie, par définition, exclut autant et plus qu’elle n’inclut), c’est un échantillonnage raisonnablement représentatif et compréhensif de la pensée en langue française des quatre dernières décennies que nous donnons à connaître, à travers une cinquantaine d’extraits regroupés sous 7 rubriques.
Pourquoi 40 ans et non un demi-siècle de pensée francophone ? C’est que les années 80 ont marqué une transition à différents points de vue, nous faisant passer de la postmodernité, de la pensée postcoloniale et du post-féminisme à quelque chose d’autre que l’on ne sait pas encore désigner sinon en redoublant le préfixe « post ». Ce qui est sûr, c’est que la Francophonie, durant cette période, s’est de son côté pluralisée et qu’il est aujourd’hui convenu d’y voir non une dénomination univoque mais une polyphonie. La première section de l’Anthologie – De la Francophonie aux Francophonies – se devait de suggérer le foisonnement intellectuel suscité par cette problématique, en partant d’un ensemble de réflexions éclairant ces concepts et leur devenir. L’écologie, la santé et les soins médicaux, le confinement, ont acquiert le droit à la réflexion morale, refondant l’humanisme, si contesté il y a encore peu de temps : la deuxième section Regards sur le Vivant groupe quelques-unes de ces questions récemment arrivées sur la scène littéraire et philosophique. S’ensuit une série d’analyses évoquant Les Métamorphoses du social, où l’Histoire rencontre le futur et même l’utopie. Une place importante est due aux Interrogations post-coloniales,tant il est vrai que la Francophonie est, en large mesure, l’héritage fécond d’un passé de violence qui doit être assumé, et dépassé, en toute conscience. La thématique des Identités culturelles, section V, résulte immédiatement de cette confrontation entre anciens dominants et dominés, où la religion, la langue et le genre sont des questions centrales. La littérature et les arts ne pouvaient ne pas tenir compte de la profonde rénovation des valeurs esthétiques où nous conduit une meilleure intelligence de l’image et du symbole : c’est là l’objet de la section VI, De la Littérature et des Arts, la dernière section nous menant vers d’autres limites, moins celles de la science que celles de l’humain, qui cherche plus que jamais une terre d’asile momentané entre l’animal et la machine – Les Limites de la Science.
Donner à connaître au public lusophone, à travers un ample choix de textes traduits en portugais et succinctement présentés, la pensée qui, depuis une quarantaine d’années, s’élabore et s’exprime en langue française, tel est le principal dessein de cet ouvrage collectif. La diversité des approches proposées par un univers de chercheurs et d’essayistes soucieux d’aborder les grandes questions du monde d’aujourd’hui, tout en préservant leur indépendance intellectuelle et linguistique, est déjà en elle-même une invitation au dialogue entre les textes comme entre les interprétations qu’ils susciteront. Trop souvent occultée au Portugal cette production originale, soustraite aux pressions de la pensée dominante et de la lingua franca, ouvre des perspectives et libère l’esprit.